J’écris avec ma bite.
J’écris d’un trône brisé sur lequel résistent les derniers sacrements de ma race, j’écris de chez l’homme blanc. De chez le petit homme blanc. Du péquin moyen, du médiocre.
J’écris, surgissant de la faille narcissique et d’un ego pourrissant, à la recherche de mon ombre dans la lumière. Celle de vos yeux.
J’écris, avec le dégoût de moi-même comme le témoignage de ce qui m’a construit, de ce qui m’a détruit ; avec la rage de vous convaincre de la vanité qu’ont les signes de vous signifier l’indicible. Je ne suis que mon propre monstre et je le plaque sur chaque regard, sur chaque avis, chaque murmure.
J’écris de chez les traumatisés, de chez ceux à qui on tapote la main gentiment en sachant qu’une vie ne réparera rien, ne guérira rien. J’écris de chez les ironiques, les désabusés, les abusés, les abuseurs, les pas très drôles, pas très charmants.
J’écris de chez les dépouillés, qui dans la chaleur poisseuse et intime de leurs enfers dantesques et personnels, recherchent la souffrance, un éclat, un coup au cœur, une énième brûlure, pour sentir vivre et battre chaque muscle et chaque organe, comme un orgasme raté ou un hosanna qu’on entendra jamais.
J’écris de chez un monde mort et qui n’en finit pas de mourir pour mieux chanter qu’on en est les fils honteux et que, demain, c’est peut-être là notre seul salut : ce sera d’espérer que les fils de nos fils nous enterrent pour de bon.
Et qu’à nouveau, ceux qui parlent, ceux qui oseront écrire, auront à dire autre chose que la vacuité de leur misère affective et métaphysique.
J’écris de chez les lâches, les perdants, les perdus, les gavés de molécules, de chez la masse grouillante et affreuse qui hante d’un regard paranoïaque celui des braves gens quand ils rentrent chez eux. J’écris de chez les frustrés, les honteux, de chez ceux à qui il reste un misérable morceau de lucidité ; j’écris de chez ceux qu’on ne montre pas encore du doigt, de ceux que l’on peut encore comprendre, sans cacher son dégoût néanmoins.
J’écris de chez les futurs explosés, des futures tâches sombres dans la grande et la petite généalogie de la Famille. J’écris de chez ceux qui regardent l’horizon sur la crête et qui se demandent, comme des gros bébés affreux, poilus, grotesques et pleurnichards, à qui ils manqueront. J’écris de chez ceux qui ne sautent pas, qui sauteront peut-être, de ceux qui sauteront surtout par hasard, sans le vouloir vraiment. De ceux chez qui vivre comme mourir sont des actes manqués.
J’écris de chez ceux qui ont besoin qu’on les regarde et qui s’échappent lorsque l’on veut les voir. J’écris depuis les chiens de l’enfer, j’écris de chez la meute et je ne me sens presque pas coupable, ou si peu, à peine honteux, à peine.
Je n’ai que mon désir animal et brut, civilisé, réprimé.
J’écris de chez une masse informe au sortir d’une bouche tordue qui dégueule des milliers comme moi. J’écris de chez ceux qui cherchent le Zénith de leur corps et de leur esprit dans les néons de la ville dévoreuse de chair. Je suis devenu un mamelon putrescent, un amalgame de nerfs et de sang, de la viande, une tumeur dégénérescente de la multitude.
J’écris de chez les impies, les sacrificateurs, de chez ceux qui cédèrent, de ceux qui céderont, avec l’air complexé et gêné que n’ont pas ces bons jouisseurs ; j’écris de chez les minables qui ont peur du désir des autres et qui voudraient, rien qu’une fois, assouvir le leur en toute puissance, car ils en ont le droit. N’est-ce pas ?
J’écris de chez les indécents, les égoïstes.
J’écris de chez les hommes banals, impuissants et capables de tout, ne manquant vraisemblablement de rien, ou juste un peu de chance, voire de consistance, mais surtout de courage et d’argent.
J’écris de chez la boursouflure grotesque qu’il semble inutile de soigner. J’écris comme je crache du pus, une sale bile, et je me demande pourquoi je n’ai pas honte et pourquoi c’est nécessaire.
Et je me demande, aussi, qui de vous ou de moi tuera enfin ma race.


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