HIC SUNT MONSTRA

Par manque de discipline et d'humilité, je me suis dit que je serais écrivain. Écrire m'a appris les deux.


Mon plafond vide

J’ai appris avec le temps — les temps creux, longs, de passage entre deux trains sur un quai, sur mon canapé à regarder le plafond ou dans les salles d’attente — que l’ennui était utile à la création et à l’épanouissement.

J’ai appris qu’il fallait penser l’absence à rebours du manque, que le vide n’était pas le néant, mais l’émergence des possibles, d’une substance, des surprises et de la beauté.

Ce sont des disciplines plus ardues que l’on ne croit, l’art de la pause et la poésie du vide. Elles se situent entre l’espoir, l’angoisse, l’attente et la foi. Elles sont dans cet interstice où se lovent les silences agréables et les mutismes coupables. Sur la ligne de crête, toujours bordée par la folie et la raison.

Comment occupes tu le temps et l’espace ?

Est-il nécessaire de tout combler ?

Ce sont les questions que je laisse traverser mon esprit chaque jour. D’aucuns disent que je perds mon temps. Ce sont les mêmes qui me diraient d’aller compter les gouttes d’eau dans la vague qui les emporte au loin.

Ce sont des petits comptables de l’existence : ils perdent, ils gagnent, ils comptent, ils remplissent : c’en est devenu pathologique.

J’en tiens pour preuve que l’ennui est un luxe ; l’espace et le silence, des raretés. D’instances en instances, nous naviguons sans nous installer nulle part ; là où la pause devrait être nécessaire, elle devient une concession.
Tout doit être mouvement, action, occupation.
Tout est fait pour fuir l’intranquillité qui dévore nos existences.

L’équilibre qui doit régir la vie, au fond, n’est-il pas d’accepter enfin, encore, la place d’une absence, le vide et ses possibilités et donc l’émergence du renouveau ?



Une réponse à « Mon plafond vide »

  1. Bonjour je vous suis sur Insta.. j’❤️ beaucoup ce que vous écrivez. Merci

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